RETOUR SUR TITAN: cinquante nuances d’émerveillement

“Retour sur Titan”, écrit par Stephen Baxter, est une nouvelle publiée dans la collection Une Heure Lumière aux éditions Le Bélial. retour-sur-titan

L’action de “Retour sur Titan” (résumé ici) se déroule dans l’univers du cycle des Xeelees, mais l’histoire est autonome, compréhensible par tout le monde, sans avoir besoin de connaître les détails de l’histoire de cet univers ou de sa chronologie.

Cette nouvelle n’est pas le premier récit publié par Baxter dans l’univers des Xeelees, cet honneur appartient à “The Xeelee Flower”, publié en 1987, mais qui se situe dans une époque ultérieure, en l’an 4922. En revanche, la nouvelle “Retour sur Titan” a été publiée pour la première fois en 2010, tandis que son histoire se passe en 3685.

La chronologie interne des événements du Xeeleevers ne suit pas l’ordre de publication des récits. Néanmoins, nous n’avons pas besoin de maîtriser cette complexité pour lire cette nouvelle, qui se passe plus de mille ans avant que les humains ne découvrent l’existence des Xeelees.

Dans la publication originelle, chaque chapitre avait un sous-titre, qui sont omis dans les publications ultérieures. Pour apporter un supplément de clarté, je les reproduis ici:

Prologue – Sonde, I – Port-Terre, II – Finances, III – Négociation, IV – Trou de vers, V – Titan, VI – Alunage, VII – Surface, VIII – Lac, IX – Gondole, X – Araignées, XI – Volcan, XII – Océan, XIII – Trappe, XIV – Virtuel, XV – Résolution, XVI – Ascension, Épilogue – Sonde.

L’approche de Baxter dans “Retour sur Titan” est celle de la Hard SF, mais ici il se montre capable de mobiliser d’autres sciences dures que la seule cosmologie physique, qui est au premier plan du récit dans “Artefacts” (que nous avons discuté ici). On a la technologie des sondes spatiales, celle des trous de vers, celle de fabriquer (et éditer!) des copies numériques des personnalités des humains vivants. Mais tout ceci est présenté comme les acquis banals du progrès, sans véritable description ou explication dans la nouvelle.

L’aspect Hard SF se trouve dans les chapitres concernant l’approche à Titan, la traversée de l’atmosphère, l’alunissage, l’exploration de la surface, la descente sous la surface, et le retour. La narration détaille les découvertes et les hypothèses qui jalonnent le chemin.

Les descriptions détaillées et raisonnées, combinant le familier (par exemple une plage) et l’étrange (le “sable” est composé de grains d’eau glacée à une dureté extrême, “l’océan” noir est composé d’éthane liquide), nous donnent l’impression de provenir du rapport d’un témoin oculaire. Nos héros découvrent des formes de vie non seulement carbonées (comme la nôtre) mais aussi silaniques et ammoniacales.

Nous avons un festival de sciences dures: physique et chimie des exo-atmosphères et des exo-géologies, biochimie des exo-biologies, écologie des exo-biosphères.

Pour les amoureux de la  physique théorique, nous apprenons un peu plus sur le voyage à travers les trous de vers, sur les axes du temps non-isomorphes, et aussi sur les univers de poche.

Je trouvais l’histoire un peu lente au début, même si l’intrigue au niveau humain débute in medias res. La descente progressive jusqu’à la surface de la planète et ensuite dans ses profondeurs amène une complexité croissante dans le niveau des sciences impliquées.

La psychologie des personnages aussi évolue. Ce sont d’abord des stéréotypes simples: le financier sans vergogne, l’ingénieur pragmatique et amoral, des scientifiques passionnés et arrogants, le fonctionnaire corrompu et cynique. Au fur et à mesure de la descente et de la remontée leurs personnalités se montrent plus complexes.

C’est une lecture passionnante, malgré une petite lenteur au début. L’aspect Hard SF n’en fait pas une nouvelle “cérébrale”, c’est surtout la richesse et l’étrangeté des perceptions qui dominent dans la plus grande partie, celle de la descente et de l’exploration. Le sens de l’émerveillement est décliné de façon différent pour chaque étape du voyage et pour chaque science mobilisée. Et derrière ce récit on sent tout un univers, toute une histoire cosmique dont cette exploration n’est qu’un fragment. On a envie d’explorer plus loin.

On peut aussi lire:

Retour sur Titan – Stephen Baxter

https://lepauledorion.com/2018/09/02/retour-sur-titan-stephen-baxter/.

 

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UNSPEAKING YOUR MIND: meta-documentary and creative process in THE PRISONER

In My Mind

This DVD contains an amazing documentary film by director Chris Rodley on THE PRISONER, that opens up our perception of the series to new understanding. It is a mature film-maker’s study (2017) of a flawed documentary (1983) on the making and meaning of THE PRISONER (1967-68) filmed by his much younger self, an exploration of the conception and filming of the series.

The half-hour long interview with Patrick McGoohan alone is worth the price. It gives us priceles insights into his creative process and his own ideas on the symbolism of the various elements and aspects of the series.

A long interview with McGoohan’s daughter gives her rationale for participating in this project, which is also the raison d’être of the documentary: to say at least some of what McGoohan couldn’t or wouldn’t say.

McGoohan was extremely dissatisfied with the original documentary (entitled SIX INTO ONE, 1984) and even offered to “buy it back”! It was screened only once, and McGoohan demanded that it never be shown again.

Was McGoohan’s fear that it would detract from the the viewer’s experience and ongoing interpretation of a work of art that should speak for itself, or did he feel that in his initial impulse to give the inside story he had revealed “too much” about the series in his mind?

This new (meta-)documentary does not at all detract from our experience, but enriches it enormously. It is essential viewing for any fan of THE PRISONER.

PENSER AVEC LES BRANES: revue d’Artefacts par Stephen Baxter

Obelisk

“Artefacts” est une nouvelle écrite par Stephen Baxter et publié dans son recueil OBELISK (pas encore traduit en français). De par la problématique posée et les savoirs mobilisés pour y répondre, elle appartient aux genres de la science fiction dure (Hard SF) et de la “philo-fiction”.

Les “branes” du titre de cette revue, plus particulièrement les D-branes ou des branes de Dirichlet, sont des univers comme le nôtre, mais n’ayant pas forcément les mêmes propriétés. Ces univers sont des personnages importants dans la nouvelle commenté ici.

Le récit commence et termine avec un “nageur” en train de nager et tout en se posant des questions métaphysiques, notamment “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?” Au début de l’histoire, en prologue, on ne connaît pas l’identité ou la nature du nageur, c’est seulement à la fin, en coda, qu’on apprend que c’est une entité poly-cosmique, méta-dimensionnelle.

L’histoire proprement dite commence tout de suite après le prologue, avec Morag, une jeune fille de 15 ans et son père, Joe, âgé de 45 ans. Nous sommes en juin 2026, dans un hôpital à Édimbourg et la mère de Morag vient de mourir d’un cancer. Nous allons suivre la réaction de Joe à cet événement traumatique jusqu’à sa mort à l’âge de 75 ans, en 2056. A part Joe et Morag et le nageur, il y a deux autres personnages, qui eux aussi se posent les questions fondamentales l’existence et de sa cessation. Ces deux êtres vivent dans des univers très différents du nôtre, et ils ne sont pas humains. Néanmoins ils partagent la même quête que Joe.

Étrangement, l’histoire ne répondra pas à la question initiale (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?) mais y substitue une autre question: “La vie. La mort. La finitude de tout ça”. En fait, face à la mort de son épouse, Joe, chercheur en cosmologie théorique, se pose la question: pourquoi doit-on mourir? C’est la question non pas de la finitude en générale, mais de la finitude temporelle, de notre finitude et de celle de notre univers (et de sa mort entropique inévitable).

Joe ne semble pas avoir de grandes connaissances en métaphysique, donc il va mobiliser ces connaissances scientifiques, en particulaire en cosmologie branaire, pour répondre à sa question, pourquoi mourons-nous?. Il  cherche des preuves empiriques de l’existence d’autres branes (d’autres univers) que la nôtre et de leurs interactions. Il arrive à une typologie de branes:

1) des branes statiques, sans axe temporel, dont toutes les dimensions sont spatiales, des “fragments d’éternité”. Je propose de les appeler des branes “parménidéenne”. (Pour le philosophe présocratique Parménide l’univers est un bloc éternel et inchangeant).

2) des branes dynamiques, ayant un axe temporel et une flèche de temps irréversible. Je propose de les appeler des branes “héraclitéenne” (Pour le philosophe présocratique Héraclite tout est flux).

Il est important de noter que notre première question (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?) se pose dans les deux types d’univers, alors que la deuxième question (pourquoi mourons-nous?) ne se pose que dans un univers de type 2. C’est pour cette raison qu’à la fin de la nouvelle nous avons une réponse possible à la question 2, mais que la question 1 se trouve reposée par le nageur.

L’approche de Joe est parménidéenne. Il présuppose que les branes statiques, éternelles, sont supérieures aux branes dynamiques, et la réponse qu’il trouve à sa question reflète cette présupposition. Puisque selon lui toute brane est de principe éternel, un événement catastrophique a dû intervenir pour basculer une des dimensions spatiales en dimension temporelle. Joe trouve des preuves physiques de cette “chute” gnostique dans le temps.

Joe semble oublier que sans le temps il ne serait jamais né et n’aurait jamais rencontré sa femme, il n’aurait jamais eu d’enfant, la vie aurait été impossible. Malgré sa mention de la naissance Joe se concentre beaucoup plus sur la question de la mort, de l’entropie et de la fin de l’univers.

Si son approche avait été héraclitéenne, s’il avait mis plus d’accent sur la question de la nouveauté, de la néguentropie, et de la création, Joe aurait mobilisé d’autres savoirs et il aurait peut-être trouvé d’autres réponses. Sa TOE (theory of everything) est incomplète et unilatérale.

Le nageur méta-cosmique ne sait pas non plus les réponses aux questions ultimes. La nouvelle commence et termine par des questions.

J’espère avoir montré qu’on n’a pas besoin de tout comprendre des théories scientifiques mise ne jeu pour comprendre et prendre plaisir à la lecture de cette nouvelle. Elle opère sur tant de niveaux à la fois qu’on va forcément y trouver de la nourriture émotionnelle et intellectuelle. Évidemment si on a de bonnes connaissances en cosmologie branaire on va encore plus de plaisir, mais tout ce qu’il faut savoir est expliqué dans la nouvelle elle-même, et on peut consulter quelques pages de Wikipédia pour approfondir ces sujets.

En conclusion, c’est une nouvelle passionnante qui nous donne un aperçu magistral de l’œuvre de Stephen Baxter et de ce que c’est la Hard SF et de ce qu’elle peut accomplir. Elle met en scène, ancrés dans un drame humain, les rapports qui peuvent exister entre le questionnement philosophique et la recherche scientifique.

Note: j’ai été inspiré de lire et de commenter cette nouvelle à la lecture de la revue qui se trouve sur le blog Le culte d’Apophis.

VEGETAL REMEMBRANCES: Nine Last Days on Planet Earth by Daryl Gregory

Proustian becoming-plantNine Last Days

This novelette covers a lot of ground, from 1975 to 2062, in such a short space (42 pages). It depicts nine moments in the life of the main character, LT, starting from when he was a young boy (10 years old) and finishing when he is a great-grandfather (97).

At ten he observes a massive meteor shower, that seems to have been an alien “invasion” of an unusual type (Earth is bombarded by alien seeds). At ninety-seven he has an overview of his life and of the changes effected both by the “invasion” and by our efforts to cope with it.

The story adeptly knits together the changes in his life over eighty-seven years and the progressive transformations that the invasion produces in the world. The main theme is the passage of time, and the difficulty of apprehending processes outside our ordinary attention span, such as major ecological changes operating over decades (one can think of global warming).

The narrator tells us that incremental change is hard to see: as in the planet’s ecology, so in our personal lives.

ASTOUNDING: the biography of a dream

Astounding

Alec Nevala-Lee, science fiction writer and critic, is the author of the very interesting study in contextual history and group biography: ASTOUNDING John W. Campbell, Isaac Asimov, Robert A. Heinlein, L. Ron Hubbard and the Golden Age of Science Fiction.

The book ASTOUNDING is much more than a historical account of the lives of the major figures that presided over the Golden Age of Science Fiction. It allows us to perceive more clearly and to participate in the “dream” of science fiction, and to share the point of view of its originators and shapers.

There is a craziness about these people, an inspired madness of speculation and  of creativity, combined with a paranoid taste for plots and conspiracies, cover-ups and propaganda, secrets and espionage.

They had a sense of using science fiction not just as escapism, but also as education and therapy to produce a new type of citizen, of making both public and covert contributions to a battle for a new civilisation.They were not content to simply dream, they wanted to embody and to implement the dream.

Alec Nevala-Lee shows us also the shadow side of these figures and as well as the shadow of the dream: the ambitions, the manipulations, the militarism, the sexism, the delusions of a new “science” of the mind (psionics, dianetics). We can see how the educational and therapeutic project was inseparable from its pathologies.

This book permits us to ask ourselves: what is the nature of the dream they were caught up in? and what has this dream become for us today? The book is both a pleasure to read and a moving experience.

In short, ASTOUNDING is not just an exercise in scholarship or nostalgia (although it does that quite well). It speaks to us now as participating in the science fiction sensibility and in the dream. It addresses us in our present existence, inciting us to dream the dream on.

LES MEURTRES DE MOLLY SOUTHBOURNE: briser le cercle sacrificiel

“Les Meurtres de Molly Southbourne” écrit par Tade Thompson est une nouvelle publiée dans la collection Une Heure Lumière aux éditions Le Bélial. molly

La nouvelle conjugue un récit palpitant et une thématique riche et profonde. On peut la lire d’un trait, en moins de deux heures, et il est difficile de fractionner sa lecture, tant on est happé par l’intrigue.

C’est une nouvelle dont la narration à la fois concise et efficace évoque l’horreur d’une vie où la survie dépend de l’élimination violente des doubles qui prolifèrent à chaque fois que la protagoniste (faute de pouvoir l’appeler l’héroïne), Molly Southbourne, saigne. Ces doubles (écrit “mollys”, sans majuscule) sont des prétendants à l’identité authentique que seul la Molly original incarne. Elle doit les tuer toutes ou être tuée par l’une d’entre elles.

Le titre “Les Meurtres de Molly Southbourne” a donc un double sens, selon les deux lectures possible du possessif “de”: ce sont des meurtres accomplis par la principale, Molly Southbourne. Et celle qu’elle assassine à chaque fois est son double, partageant son ADN et ses souvenirs.

Pendant les trois quarts de la nouvelle on dirait un récit d’horreur corporelle, mais aussi un conte épistémologique et métaphysique (qui est la “vraie” Molly?). Malgré le gore, on n’est jamais oppressé par la violence et les tueries. Celles-ci sont déroutantes au début, mais elles deviennent banalisées ensuite. Avec la répétition, une note d’humour émerge. C’est aussi un livre drôle.

Ce n’est que vers la fin du livre qu’on trouve une ébauche d’explication scientifique, très incomplète, qui justifie son inclusion non seulement dans le genre de l’horreur, mais aussi dans celle de la SF.

On peut aussi la classer dans le genre de la méta-fiction si on rapproche les doubles aux ébauches successives qu’un écrivain doit éliminer afin de faire vivre le produit final. De ce point de vue, la nouvelle elle-même est un hybride, peut-être monstrueux, produit par l’expérimentation de l’auteur, qui joue à Victor Frankenstein.

“Les Meurtres de Molly Southbourne” semble afficher sa morale dès le début, dans une citation mise en exergue:

« À chaque échec, à chaque insulte, à chaque blessure de la psyché, nous sommes recréés. Ce nouveau soi, nous devons le combattre chaque jour ou affronter l’extinction de l’esprit. » Theophilus Roshodan Écrits sur l’histoire naturelle de l’esprit, 1789

Cette épigraphe est répétée à l’intérieur de la nouvelle, citée par Molly à la fin du livre, où elle déclare:

“Je pense être l’incarnation de ce sentiment”

Et pourtant, l’auteur de cette citation, Theophilus Roshodan, est un personnage inventé, un des doubles de Tade Thompson, qu’il doit éliminer constamment et qui revient sans cesse. Dans un interview très intéressant qui figure en annexe au livre, Thompson nous dit:

“Theophilus Roshodan n’existe pas, et n’a jamais existé dans la réalité consensuelle. Il s’agit d’un personnage mineur récurrent dans certains de mes textes inédits. C’est souvent un auteur agaçant, je-sais-tout, dont je me sers comme prête-nom et qui, en tant que tel, ne survit jamais au premier jet”.

Le livre pose la question: doit-on tuer notre passé pour pouvoir progresser dans notre vie ou vaut-il mieux embrasser le passé pour mieux vivre notre présent?

Une deuxième question soulevée par la nouvelle serait: comment pouvons-nous gérer notre multiplicité interne, le fait que nous sommes tous composés d’une pluralité de personnalités fragmentaires et de vies virtuelles? Nous sommes hantés par ces spectres, mais à quel degré, et de quelle manière, est-ce faisable, ou désirable, de les incarner?

L’auteur affecte de souscrire au credo barthésien de la mort de l’auteur, allant jusqu’à déclarer “tuer l’auteur” (encore une tuerie!), tout comme Thompson lui-même “tue” son pseudo-auteur Roshodan. Néanmoins, on peut supposer que pendant le processus de création de la nouvelle il a fait usage d’inspirations tirées de sa propre vie.

Dans l’interview final Tade Thompson détaille certaines des obsessions et des hantises qu’il a incorporées dans  Peut-être en tant qu’écrivain hanté par sa multiplicité interne il a trouvé une façon de donner vie à ses spectres.

Pour aller plus loin:

Les meurtres de Molly Southbourne – Tade Thompson

Les Meurtres de Molly Southbourne – Tade Thompson

THE LIGHT BRIGADE (Kameron Hurley): SF and the time-image

THE LIGHT BRIGADE by Kameron Hurley is an exciting book, and I read it over a single week end, unable to put it down.

SCRAMBLING THE STEREOTYPES

The basic frame of a war between the Earth under the sway of totalitarian corporations and its former colony on Mars is well conducted and interesting in itself. The story and the characterisation are well handled. Despite the stereotyped narrative line where the protagonist, Dietz, passes from the state of “rookie” to that of hero, the narration is non-linear as Dietz becomes “unstuck ” in time, and we have to piece together both the war and the characters from the scrambled order of presentation.

THE PLEASURE OF THE (UNTIMELY) DIALOGUE

Multiple allusions to the great novels of military SF (STARSHIP TROOPERS, THE FOREVER WAR, OLD MAN’S WAR, SLAUGHTERHOUSE-FIVE) add depth and thematic density to the narrative, and we quickly understand that we are immersed in a new contribution to a great intertextual conversation. The dialogue is also engaged with contemporary novels, for example with ANCILLARY JUSTICE (Ann Leckie) and NINEFOX GAMBIT (Yoon Ha Lee).

DE-DRAMATISING GENDER

The question, or rather the non-question, of gender is treated more satisfactorily in THE LIGHT BRIGADE than in these recent novels, much as the question of the color of the skin in STARSHIP TROOPERS is handled seemingly casually. We only learn the gender of the main character, our narrator, late in the book. This indifference of gender is no longer in the foreground, as is the case in ANCILLARY JUSTICE, but remains in the background, as a trivial given of the situation, not a foregrounded pedagogical gimmick. Just as in the eyes of the corporations we are all pawns, in Dietz’s eyes the gender of a friend or enemy is of only secondary importance.

KALEIDOSCOPIC PERCEPTION AND TRANSPOSING THE CANON

My feeling reading THE LIGHT BRIGADE was that it very successfully accomplished the task of the transposition of the canonical genre of the military science fiction novel into a more contemporary political, epistemological, and ontological context. The narrative is blurred chronologically, not arbitrarily or as a literary technique, but in the image of the main character’s “unstuck in time” experience, creating a kaleidoscopic perception of the world, the war, and other characters.

PARANOID CONSCIOUSNESS AND POST-TRUTH POLITICS

These processes (chronological scrambling, temporal ungluing, kaleidoscopic perception) are well combined with the need for the inhabitants of the Earth (divided into citizens, residents, and “ghouls”) to maintain a critical, even paranoid, consciousness in a world where censorship and fake news rule. This uncertainty and fragmentation at the level of perception and information also affect the novel’s characterization. The reader, like the narrator, reduced to a pointillist depiction, must construct their image of people through scrambled snippets of information and perception.

THE DEMOCRACY OF WAR

Despite all this dispersion, the reader succeeds in constructing a synthetic image of the main characters, such as Munoz, Andria, Tanaka, Jones, Norberg. Even if we only know the characters through fragmentary sketches (justified by the narrator’s unstuckness in time), we see mostly ordinary soldiers. Hurley avoids the structural problem of NINEFOX GAMBIT whose democratic message is contradicted by his narrative fixation on the acts of the elites.

CALENDRICAL CONTROL AND QUANTUM UNCERTAINTY

The link with NINEFOX GAMBIT can be seen in the fight for the control of the calendar (the soldiers are kept in total ignorance of the day, the date, and even the year) by the ruling power, in an attempt to control the potentially “exotic” effects of the teleportation technology and to take advantage of it in the conduct of the war. From this point of view, we go beyond the epistemological level of subjective uncertainty towards the ontological level of construction of the real.

DECONSTRUCTION MAKES ME STRONGER

The end of the novel disappointed me. The notion of a (partially) constructed reality, which is justified by a rapid allusion to quantum physics, and of a technological means for manipulating it, quickly becomes indistinguishable from magic. It finally allows the emergence of a deus ex machina to counter the seemingly absolute and inexorable power of the corporations. Here, the democratic message is contradicted by the use of a quasi-divine power.

THE NARRATIVE UN-HINGED

The defects that some reviews have attributed to the novel (insufficient characterization, confused narrative, slow pacing, explanations too late) seem to me traits required by the nature of the narrative universe, by the situation of the narrator-protagonist, and by the image of time underlying the story. It takes time to assemble the pieces of the puzzle, and reading the book is an intellectually stimulating adventure at every level.

THE LIGHT BRIGADE (Kameron Hurley): SF et image-temps

THE LIGHT BRIGADE par Kameron Hurley est un livre passionnant, et je ne pouvais pas m’en arracher.

L’histoire de base d’une guerre entre la Terre sous l’emprise des corporations totalitaires et son ancienne colonie (maintenant affrachie) sur Mars  est bien menée et intéressante en soi, malgré la ligne narrative stéréotypée où le personnage principal, Dietz, passe de l’état de “rookie” à celui de héros.

Les allusions multiples aux grands romans de SF militaire (STARSHIP TROOPERS, THE FOREVER WAR, OLD MAN’S WAR, SLAUGHTERHOUSE-FIVE) ajoutent une profondeur et une densité thématique à la narration, et on comprend ainsi qu’on est plongé dans une nouvelle contribution à une grande conversation intertextuelle. Cette conversation se tisse aussi avec des romans contemporains, par exemple avec ANCILLARY JUSTICE (Ann Leckie) et NINEFOX GAMBIT (Yoon Ha Lee).

Je trouve que la question, ou plutôt la non-question, du genre est traitée de façon plus satisfaisante dans THE LIGHT BRIGADE, un peu comme la question de la couleur de la peau dans STARSHIP TROOPERS. On n’apprend le genre du personnage principal, notre narrateur, que tard dans le livre. Cette indifférence au genre n’est plus au premier plan, comme c’est le cas dans ANCILLARY JUSTICE, mais reste à l’arrière plan, comme donnée banale de la situation, pas un gadget. Aux yeux des corporations nous sommes tous des pions, aux yeux de Dietz le genre est d’importance sécondaire.

Mon sentiment en lisant le roman c’était qu’il accomplissait la transposition d’un roman canonique de la SF militaire dans un contexte politique, épistémologique, et ontologique plus contemporain. La narration est brouillée au niveau chronologique, non pas de façon arbitraire ou comme technique littéraire, mais à l’image de l’expérience du “décollage du temps” du personnage principal, créant ainsi une perception kaléidoscopique du monde, de la guerre, et des autres personnages.

Ces procédés (brouillage chronologique, décollage temporel, perception kaléidoscopique) se conjuguent bien avec la nécessite pour les habitants de la terre (répartis en citoyens, résidents, et “goules”) de maintenir une conscience critique, voire paranoïaque, dans un monde où règne la censure et les fake news. Cette incertitude et cette fragmentation au niveau de la perception et de l’information affectent la caractérisation des personnages. Le narrateur réduit à une dépiction pointilliste doit construire son image des personnes à travers des bribes d’information et de perception, tout comme le lecteur.

Malgré toute cette dispersion, le lecteur réussit à construire une image synthétique des caractères principaux, comme Munoz, Andria, Tanaka, Jones, Norberg. Donc, même si les personnages restent à l’état d’ébauches fragmentaires (justifié par le décollage du temps du narrateur ), on voit surtout des soldats ordinaires. Hurley évite le problème structurel de NINEFOX GAMBIT dont le message démocratique est en contradiction avec sa fixation narrative sur les élites.

Le lien avec NINEFOX GAMBIT se voit dans la lutte pour le contrôle du calendrier (les soldats sont maintenus dans l’ignorance totale du jour, de la date, et même de l’année) par le pouvoir en place, pour arriver à maîtriser les effets “exotiques” de leur technologie de téléportation et en tirer avantage dans la conduite de la guerre. De ce point de vue, on dépasse le niveau épistémologique d’incertitude subjective pour aller vers un éventuel niveau ontologique de construction du réel.

C’est la fin du roman qui m’a déçu. Cette notion de la réalité (partiellement) construite, justifiée par une allusion rapide à la physique quantique, devient vite indistinguable de la magie. Elle permet l’émergence d’un deus ex machina pour contrer le pouvoir absolu et inexorable des corporations. Ici, le message démocratique est contredit par le recours à un pouvoir quasi-divin.

Donc les défauts que certains ont attribués au roman (caractérisation insuffisante, récit confus, longueurs, explications trop tardives) me semblent des traits exigés par la nature de l’univers narratif, par la situation du narrateur-protagoniste, et par l’image du temps sous-jacente au récit.

Pour aller plus loin: https://lecultedapophis.com/2019/03/21/the-light-brigade-kameron-hurley/

COMPLEXITY, AGENCY, AND VIGILANCE: Robert Dickinson’s THE TOURIST

This is a gripping story, all the more so as one had to remain very vigilant to keep track of who was where on their own and on each other’s timeline. This is the first level of vigilance: the complexity and entanglement of timelines

It is allied with a second level of vigilance: deliberately withheld information and hyper-manipulative disinformation combine to maintain the suspense-filled intrigue despite the frequently repeated assertion that you can’t change history. Everyone seems to agree with this principle, and to take it as a guide for their actions, even to obey plans based on known future facts or to renounce any attempt to alter the known sequence of events.

Yet there are ambiguities that work to cast doubt on or to undercut this determinist plot: the all-powerful time authority in Geneva that seems to be manipulating everybody, a small number of “Anachronists”, who believe history is mutable and are actively trying to improve it, some time-travellers who never came back and disappeared without a trace, “holes” in history both small and enormous, self-generating loops where a future self puts its past self on the pre-determined track, a mysterious 25th Century that doesn’t allow visitors and doesn’t travel, a set of prohibitions and protocols for time travellers that seem useless if history really is inviolable.

There is a time war being fought, and the reader begins to think that one side may win it by changing the past in its favour. Crucial items of information crop up late in the story and we wonder whether they were withheld by the authorities until then or only became true after active interference. This is the third level of vigilance: keeping track of the possibilities.

The stated goal of the protocols is to maintain not the timeline (which is held to be fixed) but the sense of agency. The theme of the book, however, is rather the degree of vigilance required of the characters, and also of the reader.

PARALLELS EMPIRE OF SILENCE/BOOK OF THE NEW SUN

Many reviewers of EMPIRE OF SILENCE have remarked on the analogies with DUNE so I want to spell out those with BOOK OF THE NEW SUN. Intertextuality not originality is the question (and Wolfe’s saga itself borrows elements from LORD OF THE RINGS):

1) The Chantry/the torturers’ guild,

2) Hadrian kills a Sun to win the war/ Severian kills a Sun to bring the New Sun,

3) First person self-justifying narrator Hadrian/Severian,

4) Bildungsroman of protagonist fleeing a future career as a torturer

5) Highmatter sword gifted to Hadrian/the sword Terminus Est gifted to Severian,

6) Tallness of palatine ruling class/Tallness of exultant ruling class

7) Energy lances

8) Shadow of the executioner/Shadow of the torturer

The count’s shadow might as well have been that of the executioner” (EMPIRE OF SILENCE page 289)

9) Lictors

10) Hadrian’s ring heavy around his neck/Severian’s Claw heavy around his neck

11) Hadrian’s mission at the end is conciliator/Severian becomes the Conciliator

Ligeia glanced a moment at Lord Balian, who only shook his head. Her voice now carrying a fraction of its earlier forcefulness, she said, “What, then? Conciliation? Surrender?” “No one is saying anything about surrender, ma’am,” said old Sir William Crossflane from his place beside the tribune” (EMPIRE OF SILENCE, 568).

12) Both books are only approximately translated from a not yet existing future language

13) Apostrophe to the reader at the end. Compare:

If what I have done disturbs you, Reader, I do not blame you. If you would read no further, I understand. You have the luxury of foresight. You know where this ends. I shall go on alone” (EMPIRE OF SILENCE, 578).

and

Here I pause. If you wish to walk no farther with me, reader, I cannot blame you. It is no easy road” (THE SHADOW OF THE TORTURER, 210).

14) Meditation on symbols as our masters:

 “We think ourselves the masters of such symbols, but they are our masters” (EMPIRE OF SILENCE, 437).

and

We believe that we invent symbols. The truth is that they invent us; we are their creatures, shaped by their hard, defining edges” (THE SHADOW OF THE TORTURER, 14).

Again I must emphasise that I am talking primarily about parallels and intertextuality, not derivation and originality.