LIGHT CHASER: vers un strangelet cognitif?

LIGHT CHASER est un court roman écrit par Peter F. Hamilton et Gareth L. Powell et logiquement aurait dü être un roman de science fiction, mais un certain décalage entre le point de départ narratif et un point clé de la construction du monde sous-jacente l’a dévié de ce destin.

Très impatient de lire ce roman dès sa sortie je suis tombé sur une critique mitigée sur le blog Le culte d’Apophis qui me laissait perplexe. En lisant cette critique je me demandais si elle n’était pas un peu trop dure, mais je n’avais pas encore lu le roman en question. Après coup, je suis dans l’obligation de valider cette critique.

En effet la légèreté de la prémisse de base du roman et du processus de pensée de notre protagoniste me poussent à le classer intellectuellement “pre-YA”.

On nous parler de quelqu’un, Amahle, avec des millénaires d’expérience et un cerveau de capacités amplifiées. Elle se trouve face à quelques anomalies, et elle change radicalement de paradigme non-seulement scientifique et politique, mais aussi ontologique sur cette base, sans long processus de doutes, de mise à l’épreuve, de tests scientifiques ou du moins dans l’esprit de la science.

A ce niveau la nouvelle (car, étant donnée la sa longueur il s’agit plutôt d’une nouvelle) se lit comme un résumé d’idées pour un roman futur, mais l’enquête rigoureuse et l’évolution affective derrière ce changement radical de paradigme manquent. Donc, le travail d’écriture pour motiver et de rendre plausible cette conversion n’est pas fourni, c’est un glissement sans friction.

Sans vouloir spoiler l’intrigue il existe des nouvelles par exemple par Alastair Reynolds où cette transition avec son parcours de doutes, d’anomalies, de déductions hasardeuses, de révélations partielles, est traitée de façon réaliste, et non pas comme le résultat d’une crédulité quasi-aveugle.

La question posée par LIGHT CHASER est comment lutter contre la stagnation sociale et intellectuelle, comment lutter contre l’entropie? Est-ce qu’il y a un point clé qu’il suffit de faire sauter pour que la vie puisse reprendre son cours “naturel”, c’est à dire, selon l’hypothèse du roman, négentropique?

Peter F. Hamilton et Gareth L. Powell se servent d’une hypothèse de type religieux et spirituel, avec des “âmes” trans-spatiales et trans-temporelles, à laquelle ils tentent de donner un traitement de type science-fictionnel., matérialisé. C’est ambitieux, mais le résultat est décevant. S’ils avaient réussi, ils auraient construit un puissant strangelet cognitif.

Le texte abonde de trouvailles intéressantes, par exemple les petites esquisses des mondes visités par notre chasseur de lumière. Chaque monde aurait pu servir de base pour un chapitre dans un roman plus long. L’incipit du roman est aux sommets de la science fiction dans sa description du voyage à 97% de la vitesse de la lumière pour injecter un strangelet au coeur d’une étoile et commettre un “xénocide” par préemption! (La question éthique est mise entre parenthèses).

Peut-être la question à ce niveau c’est comment écrire de la science-fiction qui nous fait progresser intellectuellement et affectivement, au lieu de cette littérature stagnante qui occupe une grande partie du marché aujourd’hui? Réponse: seule une force spirituelle inflexible peut nous permettre de fabriquer et délivrer les strangelets cognitifs qui pourraient faire sauter les algorithmes commerciaux.

Je souhaite à nos deux auteurs bonne chance dans leurs prochains avatars.

One thought on “LIGHT CHASER: vers un strangelet cognitif?

  1. Pingback: Light chaser – Peter Hamilton / Gareth Powell | Le culte d'Apophis

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